Fiction - La Nature de Roxane (et autres) ♥

Nouvelle : Le portrait

Le portrait

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Wilson Kellington arracha l’attache du télégramme que lui tendait le facteur, en sachant que sa vie allait basculer. L’inscription le laissa pantelant.

« Vous avez jusqu’à la semaine prochaine pour payer votre dette, faute de quoi, je me verrai dans l’obligation de vous expulser de votre logement. »

Wilson fixait désespérément ces cruels mots, comme si un simple contact visuel pouvait en modifier le sens. Il se dirigea vers l’enclos de son cheval, le morceau de papier froissé en boule dans sa main.

Il se baissa pour arracher quelques brins d’herbe à donner à son étalon, lorsqu’il aperçut du coin de l’œil, un mystérieux tableau, au fond du jardin. Il s’en approcha, les sens aux aguets. Qui, diable, a déposé cet ordure chez moi ?! s’exclama-t-il. L’œuvre représentait un homme d’âge mûr, les cheveux grisonnants et rares, l’air revêche et le regard sévère sous les ridules qui déparaient les commissures de ses lèvres et les coins de ses yeux. Il semblait si orgueilleux et prétentieux que Wilson n’eut aucun mal à l’imaginer vivre dans la richesse de la noblesse.

Il passa ses doigts sur la toile, et un filet de poussière se déposa sur ses doigts. Lorsqu’il s’en empara, une sensation étrange parcourut la main par laquelle il tenait le tableau. Wilson se hâta de déposer sa trouvaille chez lui, dans sa chambre, avec l’espoir de pouvoir la vendre à bon prix. Lorsqu’il se coucha, il avait la déplaisante impression que le portrait le fixait de ses yeux d’eau. Pris d’une paranoïa peu coutume à ses habitudes, il se leva, et fit pivoter le tableau face au mur.

Wilson se recoucha, et après s’être tourné et retourné dans son lit, il estima que le sommeil s’était envolé. Il s’assit sur son matelas, alluma une bougie puis attrapa le journal. Un peu de lecture ne me fera pas de mal, songea-t-il. Au même moment, Wilson sentit une paire d’yeux braquée sur lui. Il n’eut pas de mal à deviner que le tableau était de nouveau dans sa direction, et son cœur se mit à battre plus fort, tant il était frappé d’effroi. Il s’apprêtait à se lever lorsque les murs se mirent à trembler. Le verre d’eau qu’il avait posé sur sa table de nuit s’approcha dangereusement du rebord, et Wilson, tellement tétanisé par la peur ne put le rattraper avant que le récipient se brise sur le sol. Les rideaux volèrent et et les portes de son armoire s’entrechoquèrent comme une multitude d’os. Sa bougie s’éteignit subitement, plongeant l’homme dans une noirceur profonde et glaçante. Les autres meubles semblèrent s’animer à leur tour. Les bibelots en porcelaine tombèrent des étagères, les livres sautèrent de leur emplacement et s’éparpillèrent au sol au milieu des débris.

Quand Wilson rassembla le peu de sang froid qui l’empêchait de hurler, il parvint à rallumer sa bougie maladroitement et se leva. Tout était redevenu calme. Son verre d’eau était à nouveau plein et soigneusement disposé sur sa table de chevet, les bibelots, entiers et rangés à leur place tout comme les livres. Même les murs avaient arrêté de chevroter.

Wilson tenta vainement de se rassurer. Tout ceci n’est qu’un rêve, tout ceci n’est qu’un rêve, répéta-t-il comme une litanie. Il se dirigea vers le salon, s’allongea sur le divan et dormit à poings fermés jusqu’au lendemain.

Réveillé par l’entrechoquement d’un objet non-identifié, Wilson se frotta les yeux. La bougie éteinte toujours dans sa main, il s’étonna de lui-même que celle-ci n’ait pas mis le feu à la maison. Ce fut à ce moment qu’il découvrit la source du bruit étrange. Ce n’était autre qu’un corbeau, qui, de son bec, frappait contre la paroi en verre de la fenêtre. Rapidement, d’autres oiseaux aussi noirs que la mort traversèrent le ciel pour se réfugier contre la vitre, et un orage tonna, faisant sursauter Wilson.

D’un pas pressé, il monta dans sa chambre, se vêtit hâtivement, rendit son regard sévère au portrait peint, et redescendit. Les corbeaux étaient trois fois plus nombreux qu’auparavant, et ils bouchaient toutes les fenêtres de la maison, plongée dans une obscurité étouffante. Attrapant sa canne, il ouvrit la porte d’entrée qu’il referma au plus vite une fois dehors. Avec un peu de chance, quelqu’un va m’acheter cette ordure et je serai débarrassé de cette vermine.

Il monta sur son cheval et entama sa route, poursuivi par les corbeaux. Quelques-uns se firent écraser par les sabots de l’animal, d’autres frappés de plein fouet par la canne de Wilson tandis que d’autres encore, le pinçaient, le mordaient ou lui arrachaient les vêtements. Un des oiseaux infernaux lui vola même son haut-de-forme !

Alors plongé dans la chasse aux corbeaux, le cheval se cabra, faisant basculer l’homme au passage. Lorsque Wilson se releva, il tomba nez à nez face à un vieil homme à l’odeur aigre et le regard austère.

Envahit d’une sueur froide, il reconnut sans aucun mal l’identité du vieillard peint sur le tableau qu’il avait trouvé la veille.

« Je veux mon portrait, lâcha l’homme.

– Veuillez m’excuser, Monsieur, mais je ne suis en aucun cas peintre. Voyez-vous, j’ai du mal à me payer des victuailles, croyez-vous vraiment que je vais gâcher mon argent dans des toiles peu importantes ?

– Je me fiche totalement de votre métier, jeune homme. Je veux seulement mon portrait, répliqua l’autre.

– Je ne vois pas ce que vous voulez dire, mentit Wilson. »

Des doigts invisibles entourèrent son cou et serrèrent tellement fort que l’air manqua à Wilson. Il suffoqua, à peine capable de prononcer quelques malheureux mots :

«  A-arrêtez… Vous allez… Me… Tuer… »

Le vieil homme lâcha enfin Wilson, qui, à bout de forces, s’affala sur le sol. Son cheval s’ébroua et lui toucha le dos de son museau, avant de claquer le sabot par terre, un air menaçant à l’égard de l’agresseur.

Ce fut alors qu’un éclair de lucidité franchit la barrière d’égarement de Wilson.

« Il est vrai que j’ai votre portrait. Il m’a fichu une peur bleue la nuit dernière ! Satanées œuvres d’art ! À combien pouvons-nous faire affaire, Monsieur ?

– Quoi ?! Mais… C’est absurde ! C’est mon portrait. Je dois payer pour qu’un imbécile comme vous me rende le tableau que l’on m’a dérobé ?!

– Je vous rappelle, Monsieur, que sans moi votre très cher tableau ne serait sans doute pas revenu chez lui avant longtemps. Acceptez mon marché, ou bien, poursuivez votre chemin. »

Indigné comme dix, le vieil homme se mit finalement à se tapoter le menton d’un air penseur.

« Pourquoi pas ? Amenez-moi chez vous et je vous paierai une fois mon chef-d’œuvre sous le bras. »

Sur le chemin du retour, bizarrement, les corbeaux avaient enfin cessé d’embêter Wilson, après que l’autre homme ait prononcé des mots étranges dans une langue étrangère.

Wilson n’en revenait toujours pas de l’affaire qu’il avait faite. D’une pierre deux coups! se dit-il. Il serait à la fois débarrassé de ce morceau de toile effrayante, et pourrait, en même temps rembourser sa dette ! À moi la belle vie ! S‘exclama-t-il.

Arrivés à destination, Wilson se pressa pour ouvrir la porte d’entrée et courut presque jusqu’à sa chambre. Prestement, il fit exploser la porte contre le mur et pris dans son élan, dût se rattraper au lit pour ne pas tomber tête la première. Un seul coup d’œil et son cœur sembla s’échapper de sa cage thoracique. Un seul coup d’œil et son souffle se fit plus blessant que dix mille lacérations dans le cœur. Il resta planté là, immobile face au désastre qui venait saccager son plus profond espoir.

Le portrait avait disparu.

~♥~

Merci d’avoir lu cette nouvelle !

8 Réponses à “Nouvelle : Le portrait”

  1. Le 29 octobre 2014 à 21 h 19 min manounette2119 a répondu avec... #

    Tu as une écriture divine bravo. J’ai adoré ta nouvelle et le retournement de situation m’a beaucoup plu encore une fois bravo!

    • Le 29 octobre 2014 à 21 h 19 min elenaxsalvatore a répondu avec... #

      Je te remercie énormément, tu ne peux pas savoir à quel point c’est plaisant de savoir que des personne lisent ce que j’écris. ^^

  2. Le 29 octobre 2014 à 22 h 14 min la_plume_trempee_dans_l_encre_de_la_vie a répondu avec... #

    J’adore ton texte !!! En plus t’écris super bien ^^

    Juste, on dit « dans l’obligation », pas « dans l’obligeance ».
    Sinon, présente là a un concours de nouvelles, après l’avoir relue et obtenu d’autres avis !

    Plume, un nouveau fan !!!

    • Le 30 octobre 2014 à 16 h 44 min elenaxsalvatore a répondu avec... #

      Salut ! Je tiens à te remercier d’avoir lu ma nouvelle. C’est vraiment sympa !
      Je corrigerai les fautes, merci de les avoir signalées. ;)
      En réalité, je compte faire une recueil de nouvelles que je présenterai plus tard à un éditeur, si possible. ^^
      Bonne continuation et merci encore !

  3. Le 1 novembre 2014 à 17 h 46 min Marie99 a répondu avec... #

    Salut :)
    J’ai beaucoup aimé, et tu écris super bien !!
    Et puis, le truc qui m’a vraiment impressionné, c’est que tu n’as fait aucune faute (à part la petite que Plume a déjà relevée).
    Il y a juste un truc que j’ai en tête, c’est que je n’ai pas vraiment ressenti les émotions de Wilson. L’histoire m’a parue assez sombre dès le début, et je n’ai l’impression que Wilson n’a que ressenti du désespoir, à part quand il a su qu’il reussirait à vendre le tableau.
    Mais je pense que lorsque les corbeaux s’amassent devant les fenêtre, par exemple, il faudrait expriment les pensées et émotions de Wilson : trouve-t-il cela étrange, inhabituel, agaçant, cela l’énerve-t-il, le laisse indifférent… ?
    Ou lorsque des doigts invisibles enserrent son cou, qu’est-ce que ça lui fait ? Tu dis qu’il suffoque mais tu ne dis pas s’il est choqué, qu’il trouve cela anormal, qu’il pense des choses comme « Comment est-ce possible ? » etc. A moins que les phénomènes paranormaux soient quotidien dans le monde où se passe cette histoire, mais fans ce cas il faudrait préciser ;)
    J’ai oublié la chose qui m’a le plu plue dans ton histoire : l’originalité.
    Continue comme ça, et préviens-moi pur la suite s’il te plaît :)

    • Le 1 novembre 2014 à 21 h 29 min elenaxsalvatore a répondu avec... #

      Salut ! :)
      D’abord merci d’être passée sur mon blog, et surtout d’avoir lu la nouvelle !
      Je prends en compte toutes tes critiques : elles me sont plus bénéfiques que des compliments ! ;) Je trouve que c’est sympa de ta part de me donner des choses à modifier, ajouter ou supprimer et c’est très encourageant. Merci encore pour cela.
      Ensuite, il n’y aura pas de suite : comme pour les deux autres nouvelles présentes sur mon blog (Ignorée et Mortelle Discussion), ce sont des nouvelles à chute, donc à la fois courte et censées provoquer la surprise chez le lecteur dans les toutes dernières lignes.
      Re-re-re merci mille fois et bonne continuation ! ^^

  4. Le 28 novembre 2014 à 17 h 07 min doremie06 a répondu avec... #

    Salut ma chérie !! :3 Je voulais juste te féliciter encore une fois pour toutes tes histoires, tes articles et tout ce que tu publies !! J’espère que tu continueras et auras plus de 113 823 visites xD (j’ai retenu les chiffres pck je suis une tête à cuir mddr) Bref ! Je te félicite comme je le disais et j’espère que tu continueras comme ça ma sister !! Bonne chance !!

    • Le 28 novembre 2014 à 17 h 27 min elenaxsalvatore a répondu avec... #

      Coucou petite soeur. J’ai bien lu ton message et je te remercie d’être passée sur mon blog (encore une fois ^^) Merci aussi pour l’image que tu m’as mise en pièce jointe :3 Sur ce, gros bisous ! ♥

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